16 novembre 2009

Ecrans

La vie comme une superposition d'écrans, comme une juxtaposition d'orchestres qui peignent, indifférents les uns des autres, la séquence des âges et le rythme lancinant des saisons.
Sous mes yeux de spectateur immobile, mes quatre saison battent leur plein.

Je suis parvenue jusqu'à l'Institution. Il me semble que c'est là que le temps vient mourir. Plus rien de temporel, dans cette nouvelle vie, ne porte son empreinte; tout va, tout vient, dans un méli-mélo d'heures anonymes et de jeux plus ou moins sains. Je dirais que ma nouvelle expérience tient toute entière à l'effleurement. Je ne m'imaginais pas les choses comme ça, j'aimais à me créer des situations, j'aimais à m'y voir, sans jamais douter, les yeux fermés et le torse ouvert, penser à.

J'ai déjà changé, ce sont eux, et ce temps, qui n'a plus ni mesure ni substance. À peine le temps de savoir où je suis, si peu pour me souvenir où je vais. La pellicule défile et le film s'essouffle, parfois je perds le fil, décrochage. J'ai perdu les talents d'écrivain qu'on a pu me prêter. C'est le temps, c'est l'effleurement. Ici, on n'entre plus dans rien, on regarde aux fenêtres. On en sait juste assez pour passer, et on passe au suivant.

Quand je pense à l'été, et quand je pense à ce qu'a pu être mon éclipse totale, de mai à septembre, il m'arrive de me demander si tout ça a été vrai. Lauriane sur le quai, et nous, tout autour; Oriane sous mes doigts; l'envie d'elle dans ce train de Montmartre; et son sourire, quand je la prenais en photo, et qu'elle était belle. Ces virées dans les jupes de Paris, et nos éclats de voix en défi à son corps endormi.
S'aventurer à l'heure où tout sombre et tout posséder, d'une main seule, d'une paume ouverte, comme si chaque rue traversée faisait de nous des seigneurs. Enfermer un instant tout présent et voir le futur s'agiter indistinctement dans les remous de la Seine, comme l'enfant de nos appels, la génération spontanée. Qu'avions-nous de nouvelles créatures? Pas grand chose au demeurant. L'allure imbibée et la gorge déployée devant Notre-Dame, rien de bien crédible.

L'effleurement, ça voulait dire le moment où tout devenait clair, mais ça durait, encore et encore. On pouvait effleurer sa vie durant des heures, des jours; l'effleurement, ça voulait dire s'asseoir sur les hauteurs de Montmartre en attendant qu'elle vienne dans votre dos croiser ses bras autour de votre taille. Parfois, ça voulait dire qu'elle ne viendrait pas. Mais souvent, ça avait un sens infiniment présent, à défaut de durer.

On s'adapte à tout. Et l'on s'y adapte si bien, que non content de simplement s'y faire, on s'y refait. Nouvelle ville, nouvelles personnes: tout ce qui n'est au départ que question d'entourage, devient une affaire personnelle. Et un jour, vous vous trouvez chez lui, ou chez elle, entourée de parfaits inconnus, vous riez, et ce qui vous paraissait malaisé à imaginer, ne revêt aucune douleur en vrai. Vous rentrez chez vous, une première fois, une deuxième, et puis ça devient automatique. Vous êtes ici. On ajuste les coordonnées. Depuis la rue de Rome à la rue Lavoisier, y-a-t-il si peu de distance ?

Je me souviens de ce soir ou ma mère m'avait invitée à dîner, dans un restaurant du 14ème. On y est allés deux fois avec mes parents. Une fois avant mon premier concours raté, et une fois avant mon cinquième concours raté. Quoi qu'il en soit, la deuxième fois, je m'y trouvais avec ma mère, elle m'avait fait cette surprise, parce que j'aime me trouver par surprise dans des lieux qui se chargent au fur et à mesure de nos passages. Si je pouvais, j'y emmènerais mon Ange. Et nous étions là, dans un lieu qui me troublait trop pour que je puisse agréablement profiter de la soirée. Non pas parce qu'il avait été synonyme de deux échecs, mais parce que les Moi qui s'y étaient succédés ne partageaient rien en commun. Nous étions pourtant bien dans la même ville, et c'était bien moi à cette table, et c'était bien moi qui reconnaissais ce cadre anis et ces déclinaisons d'absinthe. Mais depuis l'angle de ma deuxième table -j'entends la table de ma deuxième visite- je voyais sur ma première table, et la fille qui parle fort, là-bas, qui se soulève le cœur pour un rien, c'est moi. Elle a tout; elle pense qu'ils sauront l'épauler, elle espère qu'ils ne savent pas. Elle ne touche pas à son assiette, parce qu'elle n'a pas le temps, parce qu'expliquer un an à Paris ça grignote sur l'entrée-plat-dessert. Et elle utilise des mots, dont elle doute parfois du sens, parce que c'est joli, et que ça sonne bien, et qu'un rêve ça ne prend que quand des lèvres le chantent. Je la regarde fixement, j'essaie d'en extraire le sens, le sens de tous ces gestes et ces espoirs qui crèvent dans le vide.
J'étais bien, depuis ma deuxième table. Un échec de plus derrière, et pourtant j'y croyais davantage. Mais si croire, c'était réussir... je ne me serais jamais retrouvé à la première table; la première étape. Premier échec, et on recommence. Deuxième, troisième, tarif de groupe, et on recommence.

Et je suis là. Sciences Po Lille. J'en suis fière. Dans les faits, il n'y a pas fondamentalement de raison à ça: j'ai très peu travaillé en prépa, même si j'ai pu me maintenir major. Et puis j'ai passé ce concours, après deux pannes de GPS et une virée sur l'autoroute vers Dunkerque 15 minutes avant le début de l'épreuve. Et je l'ai eu. Et je suis là. Sur les bancs de l'Amphi A -parce que l'amphi B s'est écroulé- à regarder ces masses de visages qui paraissent avoir toujours siégé ici.
C'est déroutant comme certaines personnes semblent faire partie des meubles. Ce sont les gens qu'on ne voit jamais, les infirmières dans les hôpitaux, le personnel SNCF dans les gares. Il y a des personnes qu'on croirait nées avec leur bâtiment de référence, au moment des fondations béton. Ici, c'est pareil. Ça change beaucoup de ma prépa sciences po, étant donné que quiconque pénétrait dans l'établissement n'espérait qu'une chose, c'était d'en sortir après les fatidiques concours. Comme une sorte de pacte: l'administration ne voulait plus de vous à l'issue de l'année et vous ne vouliez plus d'eux -généralement plus tôt. Non, là où je suis, les étudiants font leur vie.
C'est affolant. Le rêve n'a jamais été aussi peu rêve. Et la carrière n'a jamais autant été carrière.

Pauline.

08 juin 2009

Enfant-saison

Elle rêve. Et tout son corps rêve avec, à croire qu’un millier d’hommes rêvent à l’unisson dans le moindre interstice de sa chair. Ce ventre qui enfanta quatre enfants, ce sein qui les nourrit, cette peau impeccablement laiteuse, rêvent à s’y perdre dans les bras d’un été un peu vert encore. Car le printemps venait d’accoucher d’une saison bâtarde, un enfer de chaleur secoué de brusques quintes de glace. Ça ne ressemblait à rien de ce que le couple avait connu, ça n’avait dans leur peau et dans leur bouche encore aucune saveur. Aussi Victor fut-il d’emblée séduit par cet écart dans le cycle des choses et des êtres, un peu de la même manière qu’il fut séduit par Mélanie, et il est vrai que la saison bâtarde et Mélanie partageaient la même fougue et la même insolence : lorsque l’une était saisie par l’orage, l’autre suivait dans un mimétisme de feu. Depuis que ce cinquième enfant, un enfant-saison de vent, de jours torrides ponctués de nuits froides, était entré dans sa vie, Victor avait trouvé en sa femme une chaleur plus ronde et plus maternelle de laquelle il ne pouvait qu’habituellement jouir que lorsqu’elle enfantait. D’ailleurs durant les premiers bourgeons de mai, il avait sans comprendre ressenti l’intérieur du corps de Mélanie avec plus de passion et de force, comme lorsque ce dernier se préparait dans l’antichambre de sa chair à donner souffle. La cinquième saison, Victor l’avait d’emblée adoptée. Il aimait par-dessus tout la tendresse avec laquelle ce soleil levant trop vif enlaçait sa femme et la brûlait sans douleur. Il aurait lui-même voulu savoir couvrir le buste de Mélanie de ses mains d’homme de la terre et accompagner ses premiers battements dans leur envol avec autant de force tendre, mais il n’osait toucher sa femme avant que celle-ci ne le lui permette, une permission factice, dont la forme variait au jour le jour. Un sourire en demi sommeil tantôt, souvent une paume qui s’ouvrait sur un reste de l’odeur de son corps, à lui Victor, capturée à même la fièvre des sens. Victor se demanda à quoi sa femme pouvait bien rêver, elle et tout son corps, dans toute sa chair et avec la complicité silencieuse de leur étrange saison-enfant. Il connaissait le langage des bêtes, un peu moins celui des hommes mais avait vibré d’une flambée d’étés et souffert de la rudesse de tant d’hivers ! Ca ne lui suffirait pas. Aux côtés de Mélanie, ce matin-là, il se découvrait plus nu qu’un être peu l’être et plus faible que la plus faible des bêtes ; il s’était abandonné dans le ventre de Mélanie, mais s’était découvert au réveil échoué dans la marge de son cœur. Une distance sans précédent, sans forme ni pesanteur, un espace vide de mots et de sens s’était creusé entre un corps nu perdu dans une mer de draps et un autre au sombre teint ocre d’homme de la terre. Et Mélanie rêvait seule, jouait avec ce cinquième enfant, de vent, de soleil et de glace, de tout son corps et sans doute de tout ce qu’elle put encore précipiter dans son échappée. Sur sa poitrine se plaisait à perler une pluie laiteuse et fine.
Justine

01 juin 2009

Soleils Noirs

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J’ai touché ces yeux, j’ai dépouillé ces corps.
J’ai vécu au présent ces astres dans leur absence, et combien de fois me suis-je brûlée à la mèche de mes Soleils Noirs d’un soir, ces femmes qui abritaient sous leurs paupières closes un bouquet de possibles.
J’ai tantôt cru voir, non ce que l’Homme a cru voir, mais précisément ce qu’il n’a jamais pu atteindre.
Qu’est-ce qu’une nuque renversée vers le Troisième Hémisphère, et ces joues creuses comme l’intimité lubrique d’une vague ? Qu’est-ce que cette chute de reins qui me tombe en trombes d’un extrême à l’autre et me trompe dès que j’ai le coeur retourné ?




C’est la temporalité des amantes ! enfin, c’est comme ça que je me l’explique.
C’est quelque part par-dessus ton bord, un mince espace arraché à la chair du temps. Et c’est ce passage des Indes pourtant qui répand sur une latitude trouble la géographie du désir. Quelque part dans les humeurs de ce ventre sommeillent tous les courants chauds sécrétés par la Terre.

Et je repense à ces mots qui salissaient tes lèvres, lorsque tu disais que tu préférais le corps au cœur, et que « c’est pas cette nuit de pleine Lune que ça allait changer ! ». Je les vois courir sur ces lèvres, les mêmes qui un instant plus tard semaient tous les espoirs.
Soleil Noir, l’orage est passé, tu peux à nouveau vibrer de ta plus sombre clarté ! Voudras-tu de mes roses, et de mon parfum ? De mon corps de roche, et bien davantage de mon cœur de feu ?

Mais les Soleils Noirs ont leur façon à elles de déshabiller la Terre. Ôtant aux âmes toute pesanteur, elles dessinent des possibles que le vent digère ; tout récit s’écrit dans l’alcôve pour s’évaporer aux premiers regards fuyants : elle a les yeux clairs, ou couleur de prune, et entame un Courrier Sud qu’elle s’empresse de refermer d’un baiser de cire. Mais je t’attends en vol !
A l’école du désir, certains échouent à l’épreuve du sensible et le chapitre se clôt sur une orthographe fausse doublée d’une conjugaison imparfaite.

Les yeux des Soleils Noirs me disent que l’amour est aigre et s’en est usant, parce qu’ils ne savent articuler que ça. Ils s’habillent de liberté et ce faisant se vêtissent de solitude. Ces yeux de Soleils Noirs n’ont pour eux que la lueur du vide et peut-être la plastique du mystérieux. Mais, je les ai vu, dans les nuits de pleine Lune, et je me demande : qu’ont-ils de la vie ?



Dommage, parce qu’on aurait pu faire escale, même si je me dis parfois qu’on aurait dû rester aux pores, qu’on aurait dû en rester là. En rester lasses, enlacées, dans les doux remous d’une mer de draps et les courants chauds qu’abritent nos cuisses.
Même si toi et moi l’avons vécu, aussi fort que l’on s’évade hors du monde, aussi loin que l’on meurt, ça ne dure pas.


On aurait pu faire escale, mais dans la précipitation du voyage, l’ancre est passée à la trappe.
Et l’encre sèche, sur la page, où s’était écrit « un jour » et où se referme demain.



Justine

09 mai 2009

La venue de l’été ouvre un Courrier Sud, l’occasion pour le Soleil Noir de saisir au vol l’aurore des mots, des verbes, des femmes, des encres, des possibles & des éventuels.
Vous me croirez ou pas, se remettre à écrire, une fois que tout ce qui nous manquait avant -le temps- se trouve comblé... ça n'est pas évident.

29 mars 2009

Second mouvement.

La pesanteur traverse son corps.
Douloureuse fougue que cette armée d’ombres, de visages, de photographies manquées, qui vogue sans hâte d’une oreille à une autre, du corps au cœur et de la fleur au fusil.

Il existe une cinquième saison.
Où s’exilent tous ceux qui sentent bien que l’automne n’est pas assez mélancolique et l’été, à jamais infidèle. C’est la saison des battements, un entracte passionnel dans la croisade du temps.

Je passe des heures à regarder mon reflet dans le miroir, sans comprendre. Et je vois comme cette saison marque mon visage, comme elle y imprime ses espoirs et ses feuilles de route, et comme au final mes lèvres, qui voudraient te dire, demeurent mortes.

Just'mélancoline.

21 mars 2009

Per aspera ad astra

On n’écrira jamais assez sur ce qui ne s’écrit pas.
On n’articulera jamais assez tous les silences, tous les entractes, tous ces opéras lacunaires qui résonnent dans nos palais vides.
Ta nuque renversée vers le Troisième Hémisphère et ces lèvres entrouvertes en disent long sur l’éclosion de la rose.
Une licence silencieuse, un silence si licencieux ; une vacuité qui n’a besoin d’aucune parole et d’aucun trait de plume pour écarter les eaux ou rassembler les corps.


L’émotion séduit sans ne jamais se donner de forme, elle échappe à toute règle d’orthographe, de syntaxe, ou plus généralement de langue.
Dites « Je t’aime » et regrettez-le aussitôt.
Mais, montrez-le. Mains pour lettres, la sueur encre une page de chair ;
traduisez le certain dans la langue du postulat pur.
Conjuguez l’âme au pluriel des anges.
Et pour cause, l’émotion n’existe pas dans les mots, elle est volupté insolente et défi.
Elle est comme ces femmes qui bercent sans mesure et tuent sans armes.


L’émotion fait sienne tous les jeux d’ombres : d’alcôves sombres en nuits de brume, elle avance à pas feutrés vers la genèse du monde.
Elle est pudeur, elle est suggestion sensible, et comme elle n’est qu’avatar, elle ne se consomme pas.
Pourvu qu’on la suive, mais quel périlleux voyage !
Comme ça tangue sous ta langue, et comme tes côtes sont si proches mais si lointaines à la fois !
Et comme on ne possède rien, au fond.


Mais qu’est-ce que la distance ?
Le cœur met à mal tout principe de géographie : l’amour est ubiquité et s’incarne en tout ce qui caresse au lieu de blesser.
Et quand bien même les vents ne seraient pas propices, j’avancerai vers l’horizon et ton corps tout entier me retiendra par la main.
Voit comme le Moi prend le large ! Ses gestes gauches de gosse un peu naïf.
Et comme ses épaules porteront bientôt sur elles toute la pesanteur du monde, sur un frais tatouage de gouache.


En attendant la levée des cœurs, ruisseler sur tes lèvres et s’écouler sous tes doigts. Pardonne mon geste sans adresse, et la légèreté de mes rimes.

Et souviens-toi de moi, qui ne suis ni marin, ni poète.
Mais qui, à la faveur d’une éclipse, s’improvisa Voyou, Voyageur et Voyant.


Je n’y arriverai pas. Talulla, rêve avec moi.


Justine

10 mars 2009

Pesanteur

La terre ferme ne vaut que parce qu’elle donne un sens à tout ce qui flotte au-dessus.
Heureusement que l’on est toujours un peu captif,
Ou nous n’aurions même plus le rêve de l’évasion.

Et, parfois, le poing s’ouvre sur une chaleur improbable.
Qu’est l’émoi sinon qu’un instant d’inattention ?
Tout le monde rêve de se laisser aller, mais personne ne se demandera jamais vers quoi.
Quel besoin de savoir où l’on va, quand on a quitté la pesanteur et le temps ?
Le poing baisse un instant sa garde et voilà que le corps se déploie comme un cerf-volant
dans tes mains ou dans ta bouche.
L’accident est admirable !

La vie lâche soudain la barre.
Et ton doigt désigne un rivage qui, il y a un instant encore, n’existait pas.
Cette main, celle même qui peut blesser par temps de haine, cette main soudain caresse ; Tendue à l’extrême vers l’horizon.
Et l’Astre se segmente en une infinité de rayons qui viennent se jeter contre sa paume.

La différence entre ce qui blesse et ce qui panse, c’est la vitesse du geste.
Le corps part avec lenteur. Mais le cœur se brise.


Voyez sa candeur, à celle qui valse à mille temps et s’évade à mille lieues.
Voyez comme elle devient souple comme une langue de feu.
Comme son corps est une peinture
Et comme il ferait bon y écrire.

Comme au fond, on perd si facilement pied.
Et comme elle rie, elle, la muse,
Un petit peu amusée.
Justine.

21 février 2009

Vague ascendante

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Pierre & Gilles ~ The Kiss






Il est cinq heures et je crois que les roses éclosent.
Assise à tes côtés, je vois ton corps se déployer en corolles, s’étendre en pétales au-delà de toute réalité sensible. Ce bras qui démultiplie ton envergure, ce bras force le temps. Ton bras force la ville qui, noyée dans une pollution épaisse, inspire l’art impressionniste.

Par touches successives, je calme ta peur. J’élève ton corps par-dessus le vide ; par-dessus le monde des rhéteurs, des infirmes du cœur et des opportunistes. Je te peindrai la cathédrale de Rouen à chaque heure, avec plus d’adresse que Monet. Tu verras, mes peut-être son piètres, j’annonce malgré moi un bouquet de rimes en l’air. Et de nombreuses promesses d’éther. Mais l’amour, l’amour est un comble ! Et le mieux que je puisse faire, c’est essayer de te combler.

Et la mer, toujours, qui berce des milliers d’orphelins, des milliers d’idéalistes et des milliers de poètes échoués ça et là du côté de la rime.

Depuis notre chambre miteuse, j’entends cet air de mazurka qui dans la nuit berça notre étreinte de la veille; sur les quais, les mauvais garçons repus de chair regagnent leur bâtiment français ; je sens à l’instant l’odeur de l’opium stupéfier nos narines, nos lèvres, et enfin nos corps. Etrange sentiment d’ubiquité : nous serions-nous endormies au large, pour nous réveiller au monde ?

Tu paresses, pleine de sécurité et de confiance dans ce lit, dans le creux de cet îlot qu’on a fait nôtre. Une nuit d’amour et je me découvre moi-même au matin l’enfant née d’une étreinte soudaine et souveraine. Ah, qu’elle est belle l’échappée ! Ah, comme je voudrais mourir dans l’assommoir de ton corps lourd et parfumé de sueur ! En toi, j’ai cinq, sept, dix, douze, dix-sept ans. Et diable ! On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
Il n’empêche, dans ton ventre, je nais.


Je revêts le tricorne de mes cinq ans. Un ample chemisier opacifie ma poitrine de femme. Certains matins parlent d’enfance et d’épopées indiennes, et l’on croit enfin percer le mystère de ce visage qui sourit sans motif, de cette terre qui n’existait alors que dans l’œil des vieux : jeunesse. Mais déjà cinq heures de traversée deviennent cinq ans de dérive.

On a dérivé toute la nuit, ma Belle. On a dérivé et j’ignore où les vents nous ont conduit, si ce n’est que c’est un paradis de mazurka, de vaisseaux français et d’opium.
Il y a de quoi fumer et toute la mer pour s’enivrer, et cette plage de draps pour accueillir nos caprices de lune. Je crois que j’ai envie de rester ; que je me sens bien dans ces cinq heures. J’espère que le tricorne sera toujours à ma taille.

Comment en sommes-nous arrivées là ? Sirènes abandonnées lascives, corsaires vulnérables comme jamais, au bout de la planche comme deux chats virés par-dessus bord.
Nous serions-nous sabordées pour l’amour du vers ? Je l’espère !
Je l’ignore, mais tant que nos chevelures valent de l’or, et que ce précieux luxe d’orient coule par nos doigts jusqu’au versant de nos dunes tièdes. Lawrence veille à la santé du feu.

Dans le sommeil, ton corps ondule avec nonchalance, et chaque onde qu’il crée s’imprime dans mon cœur, comme une feuille de route, comme une invitation au voyage.
Mon vaisseau qui s’impatiente dans le port peut bien attendre, tout mon royaume de rhums et d’épices s’évaporer : j’ai verrouillé mon cap sur tes deux yeux bleus, bleus comme la mer, plus bleus encore que la mer ! Dans l’éventail de nuances qui paraît l’océan, j’ai renoncé à te chercher. Toi l’identité vague, généalogie agitée, je dispense mes baisers de mer sur tes pores anonymes.

Et puis je te regarde, sirène lasse confondue en silence.
Dans un instant, je partirai explorer tes côtes, et, le cœur sur la main, je me réjouirai de voir que le monde des Hommes est si lointain. Si peu probable, noyé dans une lourde brume noire.



Puis, comme je suis capitaine, je nous enlèverai à la terre, aux Hommes, au temps, et je baiserai ton corps et ton âme.
J’ai brisé mon unique boussole ; dans le flou sensationnel des sens, voudras-tu que je mouille au troisième hémisphère ?


©Justine

18 février 2009

This Mortal Coil



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Justine

17 février 2009

Pornography

http://www.deezer.com/track/931903
Le lien vous amène sur la chanson The Figurehead de Cure de l'album -culte- Pornography.




L’aube paresse sur le corps nu de Justine.
Ernestine, elle, caresse cette marge de possibles qui s’ouvre sur son corps d’adolescente,
un peu vert encore

Génération spontanée d’apprentis poètes, ou pyromane à temps complet
Sade veille à la jeunesse du vers

Le temps est mort par la pâleur angélique de ce bouquet de chairs
Te rappelles-tu comme dans l’amour notre relation à l’heure devient tout autre ?
Plus rien ne s’accélère que la course aux sens
Plus rien ne vaut que l’abandon de soi dans la temporalité d’un corps complémentaire érigé en Horizon Roi.

Sade n’aura jamais autant été lu
Jamais l’adolescence n’aura autant bu aux calices sadiens le vin de l’alliance
Le monde a mal au réel
Dans l’alcôve où danse la lune rousse
L’adolescence prépare son échappée belle

Vigueur. Panorama. Paysage.
Plaine sublime qu’une articulation de hanches souples
Oscillent au gré de l’humeur les ressacs des sens
J’écris dans ton ventre, je tiens le journal de ta vie
Entre mes doigts s’écoule l’éphéméride de ta venue au monde




Justine

09 février 2009

Walt Whitman - Feuilles d'herbe














Je ne résiste pas.
J'ai passé le week-end à le dépouiller avec le ceur, et je ne résiste pas à partager avec vous mes émois. Walt Whitman - Feuilles d'herbe. Le fragment commence au numéro 33.

Vous devriez pouvoir agrandir les images en cliquant dessus. La vidéo d'Asylum party est une excroissance. Je ne peux m'empêcher de marier à tout art un peu de Cold Wave. Vous m'en excuserez.























































08 février 2009

First Days of Winter

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Joy Division - Closer




Il est temps que les roses éclosent.
Quel sale temps pour les Fleurs ! Tous les vers se brisent au contact de l’air. Et quand la poésie se couve, l’hiver laisse la rime orpheline. Rude passage à vide que cette saison : à cheval entre l’Automne d’Apollinaire et le printemps de l’âme, le voilà, l’hiver, qui précipite l’Homme dans une temporaire stérilité. Inaptitude soudaine au cœur, à la plume, comme à toutes ces choses qui n’ayant d’utilité aucune, sont essentielles à la vie. L’expérience du froid ne mène-t-elle pas à la perte de toute perception sensible ?

Il est temps que sa silhouette réapparaisse, celle de la Rose dont je crève d’impatience qu’elle éclose. Il est temps que sa nudité d’ombre me soulève à nouveau le cœur, un peu comme si j’avais oublié ce qu’est la Beauté et que je découvrais soudain qu’elle porte un nom d’ange, et qu’à ce titre elle n’est jamais qu’ambiguïté.
J’ai conservé dans ma tête un portrait de toi, de brèves séquences de sourires qui passent en boucle, tant que ça en devient surréaliste. Tenons-nous là la trame d’Une Muse andalouse ? C’est un peu comme si, dans l’horreur de l’hiver, tu étais mon cadavre exquis. Unique point de repère dans une géographie fragmentée, ultime paradis artificiel : une ligne de fuite dans un brouillard définitif.
Car si l’hiver condamne la création, il ne parvient à neutraliser les passions les plus intimes. C’est ainsi que l’eau peut bien se changer en glace, mais le Lac des Cygnes, lui, ne gèle pas.

Gardons fixe le cap de la Beauté, seul salut dans l’intempérie latente de Janvier ; seul horizon crédible, seule échappatoire possible au palais des glaces. Printemps : plaisir infini que d’imaginer les murs révéler ta silhouette, si vivace et si jeune, si hectique dans la saison nouvelle. Si chaleureuse, la paume ouverte, le buste en proie. Les plaies tiraillées s’effacent dans le lointain. Et déjà l’on oublie les coups portés à soi, sur soi, et pour soi : les quintes de larmes & de lames. Se substitue à l’anesthésie du froid, l’ataraxie de nos doigts entrelacés, de nos corps rescapés mais réunis enfin ; de nos aubes brûlantes. Et non, Rimbaud, celles-ci ne sont pas navrantes.

La succession des saisons n’est pas douloureuse en soi. Elle le devient seulement pour qui tente de s’y soustraire. Prométhée a voulu voler le feu aux Dieux, Icare les atteindre. L’un souhaite apporter la technique aux Hommes, l’autre percer le mystère ultime. Aucun des deux ne parvint à dépasser sa condition. Hybris.
On n’efface pas le cycle en traçant par-dessus sa ligne droite. On n’échappe pas aux saisons, comme il ne sert à rien d’ignorer la mort. Quelle prétention, que l’aspiration des hommes à briser l’ordre ! On n’avance pas, sans comprendre que la vie humaine elle-même n’est que la perpétuation d’un cycle : de révolutions, en contre-révolutions. Du printemps de la jeunesse, à l’hiver du vide.
Et ce ne sont pas quatre, ou huit saisons qui attendent l’homme ; mais des centaines de revirements, de flétrissement puis de floraisons, de morts, suivies de résurrections.

Ça me fait penser à une réplique du film de Tavernier, La Vie et rien d’autre. Le commandant Dellaplane est chargé de recenser les soldats disparus durant la Première Guerre Mondiale et éventuellement retrouver leurs proches. Confronté au désarroi de familles entières, qui des années durant avaient nourris l’espoir vain de retrouver un fils, un neveu, ou simplement un ami, celui-ci s’exclame :
« Il faut aider les gens, en les assommant. Il faut les frapper une seule fois. Si fort qu’ils se croient dans un cauchemar. Plus tard, ils se réveillent et la vie paraît infiniment plus douce. »
Révolutions, contre-révolutions.
Hiver, et bientôt peut-être, ta silhouette, ta nudité d’ombre, ta chute de reins, et l’embuscade de tes seins. Le printemps des sens, l’amnistie, enfin. Mais le temps presse.


Comme j’espère qu’un jour, un jour de Printemps peut-être, je pourrais à mon tour me convaincre de ces quelques vers de Walt Whitman, dans Feuilles d’herbe :

« Temps et Espace ! J’avais donc vu juste,
J’avais donc vu juste, couché, sur mon herbe,
J’avais donc vu juste, couché, seul, dans mon lit,
J’avais vu juste sur la plage, marchant sous les étoiles pâlissantes du matin. »



©Justine


Pour la musique, procurez-vous Sophya, groupe peu connu, mais particulièrement planant. Droite ligne de Dead Can Dance, mais en contemporain.

06 février 2009

Etreinte nocturne.


Sous sa vaste pyramide, le Louvre se love.
La nuit parviendra-t-elle à résoudre l'énigme du sphynx ?



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©Justine

22 janvier 2009

Masque

Vanitas vanitatum et omnia vanitas

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Justine

30 décembre 2008

Constellation

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Dans la constellation des Hommes flotte un pendentif d’éclats nobles, qui n’existe sur aucune carte du ciel et dont les anges seuls reconnaissent la vive luminosité.
Car elle leur rappelle la vivacité d’un printemps de l’Astre, voyez-vous. Ces jours où sur leurs ailes, l’ombre la plus insalubre meurt au profit d’une blanche lueur de nacre, quand leurs reflets luisants commencent de malmener les Hommes, sur Terre, confondus en rêveries célestes.



Ça n’est pas la saison.
La Vie se cache, tout se retranche au cœur d’un glacis d’humus ou de terre. Chacun reprend sa place : les cocons s’entassent et les anges passent.
Si les Hommes le pouvaient, peut-être rebrousseraient-ils chemin au cœur du ventre maternel, comme on tente indéfiniment de retrouver son premier amour. Un amour d’été, un amour de chaleur ; une valse de mai consommée dans un requiem de décembre.
Quelques rues, la Nuit.
Et puis le concert secret de deux corps entrelacés par surprise.

Si l’automne est la saison des poètes, l’hiver est-ce celle de la page blanche ?
Une vaste page vierge de flocons opaques qui l’absorbent et la rendent inapte aux mots.
Provisoirement muette, dans l’attente d’un battement neuf ; d’un premier amour.
On marche tous au pas du premier amour, tant il est vrai qu’on le prend toujours au pied de la lettre.

Avez-vous entendu parler de l’effet papillon ?
Je sais, je vous avais avertie, ça n’est pas la saison.
C’est une théorie selon laquelle une action infime à un endroit du globe, telle le bruissement d’aile d’un papillon, a une conséquence à l’autre bout de la terre, dans une mesure similaire ou plus importante encore.
J’aime cette théorie. Parce que bien que je vise le compromis, j’agis toujours à l’extrême.
Et qu’un grain de sable n’est jamais qu’un désert en puissance.
Je me fais papillon, et je produits mes effets ; je me dis que mon bruissement de mots a ses chances de jeter tes lèvres dans le vague, et ça me plaît.



Mais revenons au pendentif d’éclats nobles.
Ce pendentif dont je vous parle, cette parure d’étoiles qui n’est nulle part répertoriée, c’est mon effet papillon. C’est le Big Bang que j’ai moi-même déclenché, comme une implosion subite, comme une pluie de météorite confondue dans une bourrasque d’étoile.

C’est le résultat d’un cadran de montre brisé par l’émoi.
J’ai su, par une mystérieuse alchimie, arrêter le Temps.
C’est le résultat d’une aiguille tombée soudain amoureuse d’un des derniers jours de décembre.
Une aiguille mal aiguillée mais dont l’amoureuse virée a su placer le Temps tout entier en quarantaine.





Je pense souvent à l’Etoile dont nous gardons précieusement le nom et le lieu.
Je lui dis souvent qu’elle est belle, que c’est une corolle de feu & de roses pêle-mêle.
Mais par effet papillon, d’une baiser innocent, elle est l’enfant.



©Justine

11 décembre 2008

Deux ans que j'essaie. Je ne comprends pas ce monde.

A son plus grand désespoir, le monde des Hommes ne vit pas d’utopies.

L’Homme se vante de posséder la connaissance, la solution aux plus hermétiques problèmes ; il résout même des équations dans les sphères qui échappent à tout intelligible.
Mais n’a-t-il toujours pas compris que la rime était remède à toute façon de larme ?

Cessez un instant tout battement.
Un piano vous accompagne.
Délicieuse surprise que ces 2:30 d’absolue pesanteur, d’évasion soudaine hors du monde.
Sentez poindre en vous l’émotion informe de cet étranger sensible si subitement séduisant ;
et comme on tente, à tort, de nommer l’anonyme Muse par un nom commun pauvre et bâtard.

Les Hommes ont célébré la toute-puissance de la Raison, ainsi que de la mesure polie des désirs et de la tempérance.

Pourtant l’Art crache sur toute forme de raison. Il n’a que faire d’un idéal qui classe, range et hiérarchise. L’Art avance, pérégrine, Romantique, dans la forêt du sensible. L’Art n’est pas de ceux qui dépassent des limites : frontière ?
Demandez à l’artiste ! Que vaut ce mot ? Si peu, si peu…
L’Art est une constante course à l’Horizon ; il n’a de frontière que la danse de l’Astre.

Mais qu’il se montre, l’Homme, lui qui a battu en brèche les Etoiles ! Qu’il surgisse, infidèle à ce qui l’a vu naître !



Vous savez, le monde ne requiert pas d’une majorité qu’elle endosse sa douleur, mais il exige pourtant d’une minorité qu’elle porte son poids.


Heureusement que nous autres Utopistes avons nos Paradize & Nuits des fées.



Justine

08 décembre 2008

Rive du ressenti pur




Ce matin-là, je baladais mon spleen le long du fleuve, comme on traîne une vieille rengaine qui finit par vous tenir à coeur. Le baiser de l’hiver s’annonçait, et on n’y voyait que du feu ; qu’une tendre braise de glace qui gène un peu les paupières et assèche les lèvres.

Je m’arrêtai un instant sur un banc et contemplai l’autre rive confondue dans un mystère de brumes. Et je me demandai : alors que je puis tout atteindre, depuis ma rive d’homme, accosterais-je un jour sur ta plage, à toi, la Rive du ressenti pur ? Mes vers digèreront-ils cet impitoyable courant vague qui nous sépare ?


Oh, je ne doute pas du verbe ! Les mots nous font aller très loin. Combien d’écrivains n’ont-ils d’ailleurs pas crevé d’altitude ? C’est une question d’inspiration, une question de vents. Si l’on caresse les bons, on fait le tour du monde en moins de quatre-vingts mots.

Pourtant la Rive du ressenti pur ne s’atteint pas. Elle ne se capture pas, et ce parce qu’elle se modèle indéfiniment, tout comme l’horizon, qui tandis qu’on croit l’approcher, nous échappe de plus belle.
De quelle nature est cet élan qui me pousse, misérable, à courser l’intemporel ?
Parfois je me dis qu’il faut être fou pour poursuivre l’informe. Et puis je lis Saint-Exupéry et je me dis que les fantômes que l’on rencontre en vol doivent partager cette même saveur de rêve insaisissable.

Je souris. Peut-être que Saint-Exupéry périt en voulant t’atteindre, Rive du ressenti pur. Serais-tu bel et bien un mirage, pour n’accueillir sur ton sol l’évadé de la Terre des Hommes ? Tous les vers s’enfantent dans un monde hostile, mais est-ce une raison pour ne leur point offrir l’exil ?

On en est tous un peu là, à planer entre deux eaux, pourvu qu’on ait assez de stupéfiants pour demeurer quelques instants encore Tous des anges. Délicieuse cellule où toute certitude vole dans un éclat d’aile, et où enfin on ose être sans la honte et sans la peur.
Que ne faut-il pas tout ignorer pour agir. Dans l’écriture plus qu’ailleurs, c’est l’inconscience le plus fertile moteur.



Bergson dit que « Le langage n’est rien d’autre qu’une habitude utile à la vie, utile parce qu’elle facilite la communication, mais dangereuse parce qu’elle compromet le sens, donc la vérité. ». Ce que mon Amour d’Homme résume ainsi : « le langage est source de malentendu ».

La poésie est un moyen de contourner le drame du langage ; c’est une façon d’alléger sa fixité ; rendre à ce qui est devenu âprement solide une fluidité qui relève de la danse, de l’émotion subite née d’un vers.
Le poète redécouvre avec la poésie l’émoi né des premiers vols; il lui est permis soudain de s’élever à une altitude inconnue jusqu’à présent, et ce qu’il traque alors dans ce ciel impeccablement vierge, c’est le feu des dieux. La mystique d’un Horizon neuf.
Car le poète phagocyte chaque frontière, de la plus intime à la plus lointaine, dans l’espoir d’atteindre enfin
la Rive du ressenti pur.
© Justine


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25 novembre 2008

Qu’est-ce que l’équilibre !
Une lubrique supension entre l’azur de tes yeux et la délicieuse pâleur de ton feu.

16 novembre 2008

Underneath The Stars





Dans le contraste d’une feuille blanche, j’observe ma main noircie d’encre.

Je pense à ces paroles du Voyou : « J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à Charrue. – Quel siècle à mains ! » Et je me dis que même lui aurait manqué de mots, si ses mains avaient caressé ta peau.
Le Voyageur se serait soudain perdu dans les Bermudes d’une femme et son aurore boréale. Ebloui par une clarté d’ange, le Voyant aurait perdu la vue du futur ou du passé, immortalisé dans le feu vif de l’instantané.

Le monde est si vulgaire ! Allons-nous en. Laissons-là les mains qui ne vivent pas.
Nos phalanges ont goûté au sucre doux de la chair, et, comme on se complaît dans le spleen, ont fait de nos pores un luxe. Baisers d’or(es) et déjà l’artère s’anime. C’est à cause de mes mots, tu sais ; c’est parce qu’ils créent des combinaisons qui te paraissent inédites. Tu aimes ce que j’en fais, comme je les marie, et comme ça semble naturel, quand bien même l’alchimie prendrait un siècle à se réaliser. Inventons toutes deux le langage des amantes, puisque l’amour est à réinventer.
Tandis que j’éventaille mon vocabulaire, tu syntaxes une rime.

Mais revenons aux mains. La main, c’est l’art. C’est l’art d’amener à soi l’oeuvre. C’est ce qui me permet de ressentir ton corps comme un peintre sent sa toile. Parchemin souple à la délicieuse pâleur, je désire te couvrir d’un poème ténébreux qui n’aurait de sens que d’éveiller les tiens.

Je partirais, débuterais mon sonnet depuis la plante de tes pieds.
Cheville de nacre et d’os, je t’enlace d’une rime embrassée.
Le doigt parcoure, calme et souverain comme une vague houle, cette ligne droite pétrie de muscles, et la terre tremble quand ta jambe se cambre. Je voudrais croire que c’est là l’apostrophe du désir, hésitant encore, comme une offrande prématurée qui n’aurait su résister à la fougue. Mes ongles rouges égrainent un filet rosâtre sur tes cuisses de lait.

Ce que j’aime dans ce qu’articulent un à un tes membres, ce que ça prend la forme d’une poésie parfaitement confuse.
Lors que la Vie se targue d’avoir tous les sens possibles, qu’il fait bon savoir que l’amour ne rime à rien. Non que ce dernier n’ait de valeur, tout au contraire : c’est là la seule émotion qui ait su créer son langage, à l’abri d’une alcôve humide ou dans le cahier d’une adolescente. L’amour n’en a rien à foutre que l’on articule des sons ; ses lèvres sont les sens, qui sèment dans tes yeux, dans la fleur de tes seins, de ta cheville de nacre et d’os jusqu’au creux de tes reins, la seule et unique règle d’accord. Un présent simple, infiniment simple. Sans complément ; un souverain singulier.

Ma main n’est pas la plus belle ; elle voudrait être acrobate, mais elle flanche dès qu’elle frôle tes hanches. Elle voudrait rencontrer la tienne et se marier à elle, paume à paume, pas à pas. Mais pourtant elle a en elle toute la lourdeur d’un membre, et quand elle voudrait s’en aller voler à tes côtés, elle souffre de ce bras, cette épaule, mon corps invalide à l’émoi.
Comme une pleurante, ma main humide de désir paresse sur ton ventre. C’est le plus bel endroit du monde, et j’en caresse le suprême centre. Comment crois-tu qu’on écrit, après ça ? Comment ne pas penser que l’univers – tout entier – n’est plus qu’une vile périphérie ?

L’aube avance sur ton buste souple ; sur ta poitrine se lève un jour de feu. J’approche du berceau du monde, j’approche du cœur, de son sonate qui fait écho piano dans mon pouls. Je tiens la Vie, ma Belle ! L’homme n’en a jamais été aussi musicalement proche ! Ces notes panseraient toute une saison de mélancolie, et calmeraient l’angoisse d’un hiver de glace.

Mais déjà ma main a dépassé la mesure de ton cœur, pour venir s’échouer dans la baie de ta nuque. La carotide palpite. Je ressens une attirance malsaine ; savoir que je pourrais sur ce cou si fin resserrer mes mains de charrue, ou de plume. Je n’aime pas cette idée qui me traverse, quand bien même elle suscite en moi une vive ardeur. Que dire ? L’homme n’a pas appris à gérer les extrêmes. J’en parle dans mon roman. La beauté pure lui est douloureuse comme une plaie et ce qu’il tient dans les mains, il peut parfois le serrer si fort jusqu’à lui ôter la vie.

Mes mains ne sont pas meurtrières, bien qu’elles aient tantôt vu s’écouler sur elles l’écarlate assassine, le sang de l’alliance. Non, mes mains ont quitté ton cou si doux, et si fin, pour enlacer enfin tes joues
et tes lèvres
et ton nez
et ton front
et ton menton
et tes yeux
et tes cheveux.
Et tes baisers.



Tout devient si simple ; ma main sur toi, et j’échappe à l’angoisse.




© Justine

15 novembre 2008

Saga Sarko

Je sais bien que la politique n'a pas sa place ici, et je préfère d'ailleurs infiniment plus l'élan du vers que le pragmatisme politique. Néanmoins, comme je suis terriblement attachée aux événements symboliques, je ne résiste pas à vous confier ma première fois: premier Billet d'humeur, publié dans le journal de la prépa ( tiré à 30 exemplaires s'il vous plait ! ... ^^)



Saga Sarko


Il faut se rendre à l’évidence, Steevie et Loana ne font plus recette.
Tandis que Gala se saisit du moindre cliché de la classe politique pour en pondre une couverture, Paris Match fait peau neuve et refond son slogan historique : « la vie est une histoire vraie ». On en doutait encore.
Du reste, la vie façon potin, c’est surtout celle du clan Sarkozy ! Je parle de « clan », peut-être faudrait-t-il donner un peu plus de tragique à ce qui prend l’allure – au fil des épisodes – d’un véritable soap opera, et parler de Saga Sarko. De quoi ravir Stéphane Bern.

La presse people semble relever un défi, étonnant croisement entre Confessions Intimes et The Simple Life : vérifier que l’homme politique, cet ovni un peu snob qui plane souvent au-dessus de toute réalité, est bien humain. Au programme : visite de parcs à thèmes en famille, week-end intimiste dans le nid d’amour de Nicolas et Carla – pour les intimes –, le tout servi sur fond de sauterie-party avec tout juste ce qu’il faut de modestie pour la forme. Séquence émotion : derrière la rude apparence de nos dirigeants politiques se cachent des hommes et des femmes qui font les courses, divorcent et font du jogging.

Imaginez-vous à présent affalé, un peu bêta, dans votre canapé. Vous regardez la télévision et vous vous délectez d’un nouvel épisode de ce feuilleton si profondément enrichissant : Sous le soleil de l’Elysée. Rupture, trahison, amour, gloire & beauté.
Sarkozy et ses Sarkogirls sont sur un bateau, avec cette question qui, un temps, fut sur toutes les lèvres : qui finira dans la piscine ?
Peut-être même qu’en envoyant CECILIA à partir de votre téléphone portable (10€ + coût d’un SMS), vous désignerez l’heureuse élue ! Au pire, tentez la lettre à Paris Match : dans l’édition du 17 mars 2005, c’est Nicolas lui-même qui répondait au courrier des lecteurs.
Le loft politique ouvre ses portes aux paparazzis devenus les disciples de Narcisse, et c’est ainsi que le petit monde des bien-pensants – comprendre, des bien lotis – peut contempler son image derrière un objectif flatteur.

« Les politiques sont malades de la télé et des micros », Bernard Tapie nous avait prévenus. Il semble tout de même que la vermine gagne du terrain ! Le corps politique, celui même qui s’est tant de fois révélé intouchable, cède à l’appel du nouveau catéchisme people.
Tandis qu’on mettra presque dix ans à déterrer le scandale Félix Faure, mort à l’Elysée dans les bras de sa maîtresse, on connaissait, en 2008, la date du mariage des tourtereaux Sarkozy avant même qu’ils l’aient décidée ! On m’objectera avec raison que c’est moins grave que de précipiter la mort de Pascal Sevran, mais il n’empêche qu’aujourd’hui tout, depuis le tailleur griffé du ministre de la justice jusqu’à la montre du président, s’élève au rang d’information capitale. On aborde là, il me semble, un problème majeur : la perversion n’est pas tant dans la diffusion d’une image plus « humanisée » de nos dirigeants, mais plutôt dans la confusion qui risque de s’opérer entre la politique supposée impartiale, raisonnée et le potin par définition objet de toutes les passions.

Avouons tout de même qu’il est délicieusement séduisant, le monde des cancans ! Comme il fait bon assouvir ses penchants voyeuristes dans une société qui ne parle plus qu’au moyen de l’image choc et du cliché volé. Mais derrière ce voile édulcoré qui nous éloigne de l’essentiel se joue une politique autrement plus riche d’enjeux, qui mérite et qui exige de notre part une attitude réfléchie et critique. Ne suivons pas la voie proposée par Carla Bruni-Sarkozy, Castafiore de l’Elysée : ne faisons pas comme si de rien n’était. Ne nous éloignons pas de la véritable politique par appétit de potins ou nous finirons nous-même dindon de la farce.
Après tout, et si la pipolisation de notre président n’était qu’un outil politique afin de détourner habilement l’attention ?
La Fontaine – Jean pour les intimes –, avait déjà tiré la sonnette d’alarme : « les plus à craindre sont souvent les plus petits ».


Pauline S.

09 novembre 2008

Le silence de la mer

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« L’imagination, impuissante à l’état de veille, prend dans le sommeil un miraculeux pouvoir ».


Mais Werner von Ebrennac avait renoncé à la délicieuse échappée qu’offrait le rêve. La guerre lui avait enseigné que désormais l’art ne suffisait plus à racheter le vice : toute note sonnerait à jamais faux, au creux d’oreilles assourdies de peine. L’Europe creusait ses plaies. Et Wagner n’y changerait rien.

Les nuits sans sommeil, le capitaine von Ebrennac se levait et ouvrait grand la fenêtre qui donnait sur la cour de l’immense bâtisse où il logeait. Il aimait ce geste si paisible et silencieux par lequel la nuit pénétrait sa chambre ; et, comme une maîtresse, noyait soudain le tourment dans une fugace tiédeur. Il pensait alors à ces hommes de toutes nationalités qui d’un même regard pieux scrutaient le ciel pur ; il pensait à tous ces hommes qui cessaient soudain de combattre, de blesser, de haïr, pour ne plus faire que rêver. Et, comme il pensait aux vœux intimes de ces hommes, il réalisait que tous se rejoignaient dans une temporaire amnistie.

Werner von Ebrennac trouva la sienne, d’amnistie. Il s’était endormi. Depuis quelques mois, c’était souvent ainsi. Comme si penser à la vie, cette chair à laquelle la guerre avait ôté toute saveur, l’épuisait au point qu’il finissait toujours par sombrer dans un sommeil de mort. Juste avant, allongé sur son lit, il aimait à se rappeler ceci : « La guerre est une donnée strictement temporelle ; qu’on y survive ou qu’on y périsse, elle demeure ponctuelle. La Nuit qui pénètre dans une chambre, le vent dans ta nuque, quant à eux… le ciel ne cessera jamais de recueillir ses prières. » Et il s’endormait à l’étreinte de ces mots.

Werner von Ebrennac ne se souvient pas de cette nuit ; mais j’aime à m’en souvenir pour lui. Je dormais peu, toujours d’un sommeil très léger. Lorsque j’entendis le pas irrégulier du boche dans le couloir, je m’éveillai aussitôt. Je m’en voulus de ma curiosité, comme je lui en voulus à lui de faire naître en moi tant de sentiments contraires : sous l’uniforme nazi et derrière cet accent misérable s’était deviné un homme qui annulait toute frontière. Un homme qui parlait de Molière et de Bach avec un égal respect, dans un langage à fleur de peau. J’aimais sa manière de façonner des vers à partir de ses quelques pauvres mots français.
Je le suivais alors qu’il descendait l’escalier, et me dissimulais derrière la porte du salon où il était entré.

Werner von Ebrennac s’installa au piano. Le silence paraissait l’asphyxier. Il retroussa religieusement les manches de sa chemise épaisse et ses gestes étaient ceux d’un homme qui caresse une femme. Le piano était froid, d’un glacé sordide à force de silence et de peine. Une voix enrouée, une portée vide, sans résonance et sans coffre : le piano était mort à la guerre ; la tension des Hommes dut avoir marqué la moindre de ses notes, et pourri chaque accord.
Mais von Ebrennac en fit soudain jaillir un faisceau de notes vives et douces ; les cordes s’éveillèrent de leur morne torpeur et, à l’heure où tout meurt, jouèrent le plus beau mouvement qui soit : une oasis de notes dans un désert de feu. Un bref instant durant lequel tout Homme se serait mis à genou, fusil à terre. Une trêve qui aurait vu se changer une réalité de douleur et de mort en un vague souvenir errant.

Von Ebrennac savait tout ça ; comme son jeu parvenait à calmer la violence des Hommes, et l’espoir vain qui naissait dans la nuit pour s’évanouir au matin : il l’avait vécu avant tout le monde, en tant de paix. Il avait passé l’arme à gauche un millier de fois, en jouant Beethoven, ou Bach. Mais le mélomane gardait secret cet antidote suprême : c’était sa manière de rêver, et il ne la partagerait pas. On ne le comprendrait pas, on cracherait sur ses notes parce qu’elles offrent une échappée, et que le monde ici-bas n’aime pas les déserteurs.

Werner s’arrêta soudain de jouer. Mais ça ne collait pas. La fin n’en était pas une ; ça ne collait pas avec la partition, l’espoir était comme mort né. Terminer sur cette note, ça n’avait aucun sens.
Le boche avait parlé une langue impeccable au travers de ce piano français. Et dans sa musique, il avait prononcé, entre autre, cette phrase :
« Surtout, qu’on ne tente pas de donner un sens aux rêves ! Le monde crève de trop de sens. »



©Justine

06 novembre 2008

Scar O'Dewil

Scar O’Dewil est un homme qui ne pense pas. Mais qui, dans tout Paris, est fort pensé. Surtout en cette fin de siècle où fleurissent les plus romantiques névroses, tant il est vrai que le sentiment d’une irrémédiable décadence fait couler beaucoup d’encre.
Tandis que la nuit les ruelles dégagent une odeur de souffre, dans les caves l’absinthe marie les vers avec un goût profondément anti-académique.

Scar O’Dewil est un poète médiocre, qui n’existe, à ses yeux seuls, que parce qu’un artiste maudit a peint son portrait.
Il se souvient avec nostalgie de sa subite naissance picturale, sur le parvis de Notre-Dame, un soir glacial d’hiver. Scar se souvient de ce tremblement étrange qui lui avait soudain parcouru l’échine ; était-ce enfin cet Evanouissement Vague dont il avait tant de fois lu les délices ? Etait-ce ça, être ? Son front s’enfiévrait-il d’une liqueur de Vie ?
D’illustres illuminés criaient de tous bords à la « génération nouvelle », tandis que toute raison s’était éteinte au profit d’une délicieuse ivresse.
Car c’est l’âge d’or de ceux qui traînent, chiens errants hurlant à l’Amor, dans une langue indigène encore.

Scar O’Dewil n’est pas de ceux qui vivent, mais de ceux qui rêvent encore à ce que pourrait être la Vie. Il est de ceux qui en ont une vision si archétypale, qu’ils aspirent toujours à l’idéal et sont à jamais déçu de ce qui s’offre à leur poésie. Rien n’atteint, tout caresse. Tout frôle, un rien ne blesse. Je n’ai d’attache en ce monde que l’espoir d’une rime meilleure. Plus féminine et plus saillante, comme le galbe d’une côte qui dévoilerait peu à peu le feu du jour.
Tout est si foncièrement vulgaire ! Le monde n’a ni queue ni tête. Et les Hommes prétendent tirer des ficelles quand ils sont abusés par des chaînes.


Abandonné à la mystique ombre de Montmartre, le Dandy Saphique contemple l’architecture fiévreuse de la butte. Quand dans les veines coule le vers, c’est toujours se défenestrer que de fixer une ville endormie –quasi morte– depuis une hauteur héroïque.

© Justine








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© Justine

20 octobre 2008

Natures Mortes





Je flâne un instant dans le jardin de ma jeunesse, le cœur suspendu à ce vaste pétale.
Ce voyage à travers mes multiples visages, c’est un peu comme un printemps de l’âme. Et pourtant, déjà, l’automne donne une teinte sépia à toutes les années que je laisse derrière moi, en bouquet dans cet endroit secret.
Mais comme il y fait si délicieusement doux ! J’ai mis un nom sur cet harmattan(ge) qui veille sur toutes mes roses, et puis mes fleurs.


Ma traversée m’amène à saluer tour à tour mes états périssables : je foule d’abord ce dont je n’ai pas de souvenir, mes premiers mois, puis je croise l’enfance, au cœur d’un champ de blés dorés & fertiles ! Enfin, je fais un détour par l’adolescence. Terrain hostile ; foison de cimes, vertiges de hauteur !
Sous une feuille morte, un vers : les bois couveront toujours d’édifiants mystères. Je sais que ça va durer, les jeunes chaleurs de mai, ta chevelure de flamme et ce pollen amoureux qui me pique les yeux ! Mais je sais aussi que je ne quitterai jamais mes cendres de spleen.


Le jardin de mon âge est un vivier étrangement mouvant, car à son extrême fin s’écrit le présent, tout juste à l’instant, sur un lit de feuilles mortes. Ainsi, peu à peu, mon jardin gagne sur le désert, du sol aride jaillit la sève et avec elle la Vie.
Un chemin se trace dans le vague comme une invitation au voyage, et déjà toute une végétation croît, qui se replie sur cette échappée pour la maintenir secrète. Déjà la forêt devient plus dense, les cimes touffues et l’écorce épaisse, comme pour couver la femme à naître.


J’étends ma main à l’extrême vers ce paysage qui accouche tout juste de moi, lorsque soudain je le vois, lui, l’Insaisissable, l’Ivresse sublime.
Grand écart de mes yeux, voilà l’Horizon Roi.


Jeunesse, ou l’audace d’un Instant qui se prend pour une Vie.


©Justine

19 octobre 2008

Picture Book - Sandra

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Sandra

©Justine



12 octobre 2008

Montmartre

Un chat viré par-dessus bord
coule ses jours
dans le murmure vague
de la Mort



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(Et oui, j'en ai fini avec mes articles "chats"...)

©Justine

01 octobre 2008

Severance



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Une gorgée d’absinthe endort l’absence
De ton sourire las qui peine à fleurir
Dans les ivraies noires dans l’ivresse des sens
Je néglige le Temps qui tarde à mourir


Je marie mes larmes au sirop de ton cœur
Souple au gré du vent l’amoureuse liqueur
Pleut un délicieux vin de souffre qui saoule


Je goûte aux tortueux lacets de tes mots
Froids vers de fer ôtés aux lèvres de Sappho
Te rejoindrais-je sur le chemin des Dames ?


© Justine

27 septembre 2008

Autoportrait





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Feu Autoportrait



« Je voudrais juste me coucher, dormir contre toi.
Je ne te toucherai pas, juste m'endormir avec toi.
Mais je ne t'appartiens plus
Tu ne m'appartiens plus »





©Justine

26 septembre 2008

Justine

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« Justine s’initie au secret, une fleur dans la bouche »



Justine et Juliette sont sur un bateau. Manque de bol, c’est la sécheresse du Mékong.

Les deux Fées avaient pourtant tout prévu ; même les fleurs pour Salinger. Trois nuits par semaine, j’ai demandé à la Lune de tenir sa promesse. Mais ce soir, le ciel est voilé.
Adieu les sweet dreams et la chevauchée des champs de blé !

Sur la colline des roses, Juliette s’emporte – car elle avait tout de même réservé les bras de miss paramount – :
Razzia sur la schnouf !
Alertez Managua!

Justine, elle, rêve encore un peu. Elle est rentrée d’Indochine hier matin.
Bien sûr, elle y a laissé sa jeunesse et sa moto ; et puis elle a fumé.
Un parfum de dahlia et de jasmin flotte dans l’atomic sky.

Justine s’exclame :
— Moi je veux vivre encore plus fort, je t’emmène au paradize !
Ou, à défaut, à l’Est de Java.
Mais Juliette reste perplexe : et pourquoi pas Canary Bay ?
Enfin, c’est toujours mieux que Dunkerque !



Finalement, dans un manoir


Justine et Juliette jouent les versions longues au fond des gorges blondes.
La nuit des fées, c’est un peu comme faire l’amour en Corée du Nord, quand la guerre est finie. A l’assaut des portes du soir, Justine s’initie au secret et fait pleurer l’intérieur des filles.
Et tandis qu’Indo chine à la recherche du troisième sexe, dans la nuit intime, tes yeux noirs brillent comme un echo-ruby.

Le doigt sur ton étoile, Justine murmure :
— Le monde entier est contre nous, mais je wonderwall ! Et Talulla veille.
Un refrain, un leitmotiv de notes noircit une blackpage :
« Savoure-toi, savoure-moi. Savoure le rouge. »


Plus loin dans la nuit, Justine emmène Juliette sur les toits du monde.
D’ici mon amour, tu verras mieux.
Juliette s’enthousiasme : Paris brûle-t-il ?
Paris brûle enfin et personne n’y voit rien.



Mais bientôt les silences de Juliette inquiètent Justine : Juliette s’ennuie à troubler les sourds et plane à mille lieux dans son satellite

Et puis, un jour dans une maison close, Justine les retrouve : alice et june, Leila, la ultra S ;
et puis Juliette, l’amoureuse qui en secret, embrasse Marilyn


— et j’aime cette fille aux cheveux blonds, s’écrie Juliette !

Justine prend son fusil
Mais déjà Françoise : qu’est-ce qui t’a pris ??


Alors Juliette, elle est partie pour Shanghai



Tant de poussière a recouvert l’histoire des deux fées.
Mais parfois, c’est trop fort, et
Justine se souvient, une fleur dans la bouche.


Une lueur rouge caresse son corps.
Ce n’est toujours rien qu’une petite mort.





© Justine

24 septembre 2008

Running up that Hill




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© Justine

18 septembre 2008

Ceremony





Je contemple ces 254 pages et je n’en reviens toujours pas.
J’ai déjà lu un grand nombre de livres, mais c’est la première fois qu’il s’agit du mien.
Je contemple cet assemblage de pages et déjà je m’interroge sur l’allure de ce futur visage, ce corps si gauche encore. Qu’aurons-nous en commun, toi et moi ? Partagerons-nous plus que de l’encre ?



Dans l’écriture, on conçoit toujours par élan ; on conçoit, en quelque sorte, sans n’avoir au préalable rien conçut. Parfois, je me dis qu’on écrit toujours par accident. Ça vient toujours de et l’on sait très peu ni où, ni comment ça finit. Le mieux, c’est encore quand ça ne finit pas.

Entre, on ne réalise rien ; brouillard définitif sur le mot & risque de vers glas. Prévoir quelques jours d’intempéries, de pages déchirées et d’orages de plume. Retour à l’anormale et je savoure les grandes ensoleillées verbales. Là, dans la chaleur de l’intime, la masse de lettres peu à peu s’affine et prend une forme curieusement féminine ; une forme d’arrondis et de courbes pleine de paresse.

Etrange comme le fait de créer rend docile à l’effort. Comme toute réalité se déconstruit soudain au profit d’une délicieuse abstraction ; comme il devient possible alors de noircir tant de pages en perdant tout bon sens !

Jusqu’au jour où, page 164, à peine audible, l’ébauche d’un battement.
Echographie verbale, je guette le moindre mouvement dans l’espoir d’un premier émoi.

C’est là qu’on se met à couver. Couver les mots, c’est les lire et les relire pour qu’ils restent tièdes. Quelquefois, on s’attendrit sur un néologisme qui vient du cœur et que nos lèvres cisèlent avec douceur ; on lui donne un prénom, on le contemple avec humilité, on lui offre tout, on revit sans cesse sa naissance et l’agitation soudaine qu’il avait provoquée.



Je n’en reviens toujours pas, mais l’heure tourne et je dois préparer la venue de ces 254 pages. Comment vais-je habiller mes mots ? Je les aime bien aussi, tout nus. Comment les aérer correctement ? Quelle police utiliser ?
Les dernières corrections sont achevées ; reste l’orthographe, mais ça, c’est Elle.
Je n’arrête plus de me lire, cherche ça et là un détail à améliorer, une tournure à parfaire.

Incroyable comme soudain le monde entier dépend d’un mot, ou d’un point.
Je parcoure Justine ; et je ne vois plus qu’elle.

Pauline

12 septembre 2008

All Cats Are Grey

Pour changer d'avec les publications Oh combien tourmentées et autres lascivités verbales, une pause photographique.

L'occasion était trop bonne de sortir Cure :)




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Modèle: Filoute
Justine

11 septembre 2008

The Wake

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Elfège


Justine

06 septembre 2008

Lettre première.


Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-de-Paris ~Marin Marais


Candide,

Sans doute m’auras-tu vue prendre le chemin du départ. Tu auras lu dans mes yeux le chapitre du voyage, cet essai merveilleusement confus ; et tu te seras demandée où sa douce folie me mènera. Je l’ignore sincèrement et déjà cette façon d’abandon m’enchante. L’étreinte de l’Ailleurs est douceur ; le corps du voyage est comme ce corps que l’on connaît par cœur mais qui dans son laisser aller retrouve le mystère des premières fois.

Je ne peux m’empêcher de penser que ce périple n’aura de cesse que de nous rapprocher. Toi, le saisissant rêve insaisissable et moi, l’évadée du bagne des Hommes.
Depuis hier je suis en cavale et, parmi la multitude d’impressions passionnées qui m’animent, le sentiment le plus étourdissant est sans doute celui de l’illégal, de l’interdit. Partir est toujours un défi. Mais te rejoindre devient un besoin, face à l’empire duquel il n’est plus de loi qui tienne.

J’ai décidé de t’écrire, au fil de mes escales. Mais où peut donc loger le rêve ? Suffit-il de savoir où celui-ci croît pour en trouver la cachette ? N’est-il pas, par définition, immatériel et mobile ? Née de mes yeux, tu t’es payée mon cœur. Qu’habiteras-tu demain ?
Je ne sais vraiment où t’atteindre mais au fond, toute adresse me serait inutile. Ce n’est là qu’une indication purement pratique, un moyen, et l’on sait à quel point les moyens, parce qu’ils ne visent que l’efficacité, sont exempts de poésie. Alors je n’en veux pas.
Parfois, il suffit d’écrire « Je t’aime » pour se sentir aimé.

Comment, cependant, être sûre qu’elles te parviendront ?
En les laissant là, derrière moi, à l’endroit même où elles auront été rédigées. Petit Poucet rêveur, j’égrainerai mes mots et tu les soulèveras bientôt, tu les prendras dans tes mains fines et les porteras à tes yeux.
Qu’ais-je besoin de t’indiquer avec précision où elles se trouvent quand tu dois sans doute déjà vibrer de leur appel ?

Je te laisse, l'aube se lève et j'en perds mes mots.
Justine

22 août 2008

Volanges Volage

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Dans la pâleur de son boudoir, la jeune Elise disserte sur l’Amour.
Le bel oiseau saisit sa plume et voilà qu’Elise écrit, pour prolonger son cœur.
Sang d’encre et sans l’ombre d’un doute, Elise en prose, Elise envers et contre tous réinvente l’émoi.

Avec lenteur, Elise déguise un paquet de mots en bouquet de rimes.
Et, l’air de rien, Elise fait son lit d’un millier de fleurs.

Avec paresse, sa nuque s’offre au froid baiser de la nuit et se cambre aux lèvres ensorcelées du vide.
Vapeur. Sulfure.

Elise accoste tout juste dans la baie du Nouveau Monde, et s’étonne déjà de sa saveur si suave.
Elle fait sienne ce rivage insolent de couleurs chaudes et de frissons subits, savourant depuis l’îlot de ses sens le sucre de ces cinq lettres : Amour.
La bouche d’Elise en esquisse la délicieuse anatomie.

Attention, apprentie sorcière ! Tes doigts fins tracent un chemin tabou de courbes et de dénivelés sensibles !
Mais, rien n’y fait, Elise éprise s’enlise et déploie ses ailes hissées haut dans le ciel.
Quelques lys éclosent.


Mais ça, Elise ne le sais pas encore, car dans le silence de la Nuit,
Elise, la mineure, compose une Bagatelle,
Sa mélodie, avant la Lettre.



Justine

18 août 2008

Délire Dominical

C’est arrivé comme ça.
Une envie subite de se payer Montmartre, plongée dans sa plus délicieuse prière, lovée dans son clair de Nuit.
Rien ne bouge, rien de vit ;
Et pour cause, toutes les grilles sont closes, mais dans leur incroyable hauteur surgit l’ivresse de l’interdit. Et la parfaite inconscience de se trouver coincée entre deux pieux étonnamment aiguisés…

Tout ça pour rien, le ciel brûle au maximum, l’objectif se floue de tant de bruit et de tant de pénombre. Un cliché raté, sans doute.
Mais un cliché sans la moindre trace de touristes ni âme qui vive.
Insaisissable en journée, interdit la nuit.

Et puis un weekend aux saveurs sucrées de vacances.


Justine,




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16 août 2008

Escale #1

Dans les jupes de Paris



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Justine,

06 août 2008

Vertiges




Une fois de plus surgissent dans l’ombre les fantômes de minuit, Mélancolie ;
N’entendez-vous pas d’ici la Voix Dissidente ?
Etendez là l’oreille, à la fleur du cœur.
Sentir aussitôt la bouche perdre ses mots les plus futiles, abandonner toute préciosité de lèvres coquettes.
Se fier à la douceur feutrée du murmure, et le voir gagner à lui la rigoureuse orthographe.

En moi un nœud de plus se délie, comme les écharpes de brumes s’effacent quand un neuf jour se lève. Je célèbre ce tardif compromis entre ce que je suis, et ce que je rêve.
Car ce qu’à présent je m’empresse de faire, c’est Ecrire.
C’est fixer les douloureux murs de ce qui est, et puis les voir, en canon, s’effondrer.

Sous les feux de la rampe ou dans le secret d’une page vierge, je déchire toutes ces lettres de cachet qui retiennent les mots prisonniers de leur étroit sens.
J’évaderai de Vincennes l’Amour, l’Ivresse et le Désir, et puis je lèverai l’Encre !
Pour une nuit encore, tandis que la plume conjure le sort, le Verbe se conjugue au sixième sens.

Conférant à la sémantique une élasticité neuve, je commets le délicieux forfait ;
Mes phalanges amoureusement cambrées sur ma plume, c’est comme délier un à un les lacets de ton corset, comme saisir enfin le sens de nos silences inexpliqués.


Il fait nuit, et tout, du jardin pénétré d’orage à mes yeux humides, s’est laissé couvrir de noir.
Mais la main tendue vers l’Horizon Roi, je me laisse aller à ce mystérieux trouble du langage.

Tant d’ingénuité dans un vers ; tant de maladresse.
Mon cœur penche, et ma langue fourche.
Premiers émois de plume
Et déjà vertiges, vertiges à n’en plus cesser de valser.


Justine

19 juillet 2008

Tableau

Je peins ton corps évanoui dans le jardin des fleurs ;
Muse lascive, laissée lasse, ton corps a la majesté d’une chimère et tes yeux sont fauves.
Une poignée d’ailes se déploie avec lenteur, un voyage inavouable se découvre au détour d’un regard évasif. Evasée, la gorge dessine du désir les plus obscurs précipices.

Je peins l’éclat de ta peau d’un éclair de plume et trace à l’encre tes contours. J’efface la peine, j’enraye l’ennui. Le temps paraît s’être enfui : l’heure tourne, tout autour de ton insolent silence et se répète, à l’infini, comme un leitmotiv sourd.

Mais la nuit rappelle ses enfants distraits et, amoureusement, le soir s’est levé à l’aurore de ta chevelure ; Don Juan y ballade son haleine tiède et y dépose ses baisers humides. Non loin, la brise s’est mise à caresser mon tableau où l’encre chahutée coule à présent entre les lignes, où le vent bouleverse le verbe. La forme se floue, et dans le fond les sens s’entralliancent. Bientôt tous mes mots ne feront plus qu’une et cette rime-là, ce sera toi.

Dans le jardin des fleurs, ton ombre croît : l’azalée sombre gagne sur le lilas de tes yeux. Déjà, la rumeur plane que l’Astre n’y pourra rien. Certains disent -la nuit jette toujours comme un froid.
Jeunesse faste à la peau d’opale, craindras-tu le noir ?

Mais entre la lune et la plume, c’est la plume qui aura le dernier mot.
J’achève ton portrait, je conclus ma phrase.
L’incident est clos.


Justine,

25 juin 2008

Sang titre

Ma jeunesse porte ton nom.

Ma Belle, mon Azalée Claire,
De Carpe Diem au creux de ma nuque,
Jusqu’au Petit Prince dans la baie de ma gorge,

Ma jeunesse porte ton nom.


Fort, fort, et plus fort encore...